Avec Traille, Muriel Morot offre une seconde vie à la laine de brebis

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Déterminée, positive et pleine d’idées, Muriel Morot a fondé Traille, une entreprise innovante installée à […]

par alexandra
18 janvier 2026

Déterminée, positive et pleine d’idées, Muriel Morot a fondé Traille, une entreprise innovante installée à Arkinova. Son ambition ? Revaloriser la laine des brebis, longtemps considérée comme un déchet.

Comment est né Traille ?

Muriel Morot : Je suis d’origine basco-béarnaise. Traille est le nom de ma famille maternelle et signifie « chemin » en béarnais. Issue d’une famille de bergers, j’ai eu un déclic à l’été 2019 : en discutant avec un berger, j’ai découvert que toute la laine issue des tontes était jetée. Un énorme gâchis !
En repartant, j’étais obsédée par cette idée. Dans les Pyrénées-Atlantiques, plus de 1000 tonnes de laine sont jetées chaque année, considérées comme des déchets : elles sont brûlées ou enterrées. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire avec.

Que s’est-il passé après ce constat ?

M.M. : Trois semaines plus tard, j’achetais 600 kg de laine… sans savoir quoi en faire ! J’ai appris qu’il fallait la laver, ce qui entraîne une perte de 50 % du poids. Il me restait donc 300 kg. Ensuite, il faut la peigner : il ne restait qu’un seul artisan maîtrisant ce savoir-faire, à Tourcoing-Roubaix. Mais je n’avais toujours pas trouvé comment valoriser cette laine, qui ne pouvait concurrencer la laine mérinos australienne, tellement fine.

Quel type de laine utilisez-vous ?

M.M. : Dans les Pyrénées-Atlantiques, nous avons le mouton Manex, dont la laine est rustique et rugueuse, et la race Lacaune, plus adaptée à la valorisation. Sur 1 200 tonnes produites chaque année, seules 50 tonnes sont de Lacaune.

Que proposez-vous avec cette laine ?

M.M. : Je me suis associée au CETI (Centre Européen des Textiles Innovants) à Lille, spécialisé dans la recherche et le prototypage textile. Ensemble, nous avons développé une ouate isolante pour vêtements (vestes, parkas) composée à 85 % de laine française et 15 % de PLA (amidon de maïs biosourcé et compostable). Cette ouate remplace les matières pétrosourcées comme le polyester, avec une alternative locale, naturelle et performante.

Qui sont vos clients ?

M.M. : J’ai démarché de nombreuses marques avec mes échantillons. Les premières intéressées ont été des marques de luxe. Aujourd’hui, je collabore aussi avec des marques de prêt-à-porter comme Balzac, Atelier Tuffery, Hast et Oxbow.

Traille prend de l’ampleur ?

M.M. : Oui, des entreprises nous sollicitent directement. Par exemple, le Château Cheval nous a demandé des étuis pour ses bouteilles. Et nous allons être les premiers à fabriquer du capiton de cercueil en laine !

Avez-vous d’autres projets ?

M.M. : Avec la laine rustique du Manex tête noire, nous avons créé Puxka, un paillage en laine. Ce projet est le fruit de plus de deux ans de recherche avec des agronomes, des laboratoires et des paysans. Notre défi : vendre 1 000 km de paillage par an, soit l’équivalent d’une traversée des Pyrénées. Puxka signifie « petit bout » en basque : chaque rouleau est un maillon de cette chaîne solidaire. Un rouleau correspond à la tonte de cinq brebis.

Quelles sont vos motivations ?

M.M. : Ce projet a du sens. Je suis heureuse de revaloriser les savoir-faire locaux, de limiter l’empreinte carbone et de redynamiser nos territoires. Mon rêve ? Relocaliser la production textile en France. Nous avons tellement de richesses à exploiter ici.

Pour info

Traille :  CONTACT@TRAILLE.COM

Muriel Morot / 07 83 98 46 60