Jean-Damien Bergeron, explorer l’océan pour mieux le protéger

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Biologiste marin, plongeur professionnel et cofondateur d’ABYSSA, Jean-Damien Bergeron explore les grands fonds depuis Anglet […]

par florence
26 mars 2026

Biologiste marin, plongeur professionnel et cofondateur d’ABYSSA, Jean-Damien Bergeron explore les grands fonds depuis Anglet pour percer les mystères d’un océan encore largement inconnu.

crédits photo Abyssa

Originaire de Marseille, Jean-Damien Bergeron a grandi avec un masque et un tuba. Très tôt, la mer devient son terrain de jeu et d’apprentissage. La chasse sous-marine forge son regard, l’observation du vivant nourrit sa curiosité. Logiquement, il poursuit des études de biologie marine à l’université d’Aix-Marseille, avec une idée claire en tête : consacrer sa vie à l’océan.

Un stage à l’Ifremer marque un tournant. L’institut public de référence internationale lui ouvre les portes de la recherche appliquée à grande échelle. Il participe notamment à des travaux sur les impacts de la guerre du Golfe sur les ressources sous-marines Koweitiennes. « C’est là que j’ai compris que la connaissance pouvait aussi être un outil d’action », confie-t-il.

La mer comme lieu de vie

crédits photo Abyssa

Pendant quinze ans, Jean-Damien Bergeron travaille pour le bureau d’études CREOCEAN. Un parcours intense, fait de missions de terrain et de longues campagnes en mer. « On part entre vingt et quarante jours offshore. On vit sur un bateau avec des scientifiques, des techniciens, des marins. C’est une expérience humaine à part entière, bien au-delà de l’exploration elle-même. » Plongeur sous-marin professionnel, il découvre des environnements extrêmes, apprend la patience, la rigueur et le travail collectif. Autant de compétences qui nourriront la suite de son aventure.

ABYSSA, aller là où l’on ne voit rien

crédits photo Abyssa

En 2019, avec trois anciens collègues de CREOCEAN, il cofonde ABYSSA. Le constat est simple : la planète est composée à 70 % d’océans, mais seuls 5 % sont réellement connus. « On ne peut pas protéger l’océan si l’on ne connaît pas ce que l’on veut protéger », résume-t-il.

Installée à Anglet, au sein de la pépinière d’entreprises OLATU, ABYSSA bénéficie d’un terrain d’exploration exceptionnel : le Gouf de Capbreton, encore largement méconnu. L’entreprise collabore notamment avec la start-up BIZKAIA, également implantée sur le site, illustrant la synergie et la dynamique collective de ce pôle d’innovation tourné vers l’océan. Grâce aux AUV, des véhicules sous-marins autonomes capables de collecter des images acoustiques et optiques d’une grande précision, ABYSSA explore les grands fonds de manière fine et non intrusive. Des ROV, reliés au navire, complètent le dispositif pour les mesures et l’instrumentation scientifique.

Des abysses vers l’avenir

crédits photo Abyssa

Parmi les missions marquantes : l’exploration de monts sous-marins SEAMONTI au large de la Corse en 2022, ou encore deux campagnes de quarante-cinq jours pour le compte de l’IFREMER au cœur du Pacifique en 2024, à plus de 5 000 mètres de profondeur. « Il fallait une heure et demie pour que les engins descendent, autant pour remonter. Chaque plongée est une manœuvre complexe. » Prochaine étape : une expédition dans le Gouf de Capbreton, CARTOGOUF, en mai-juin 2026, menée avec l’Office français de la biodiversité, pour inventorier la faune, les coraux et mieux comprendre ces écosystèmes profonds. Lauréate du Concours mondial de l’innovation en 2016 avec son projet Melodi, ABYSSA porte aujourd’hui le projet  d’une flotte de drones sous-marins naviguant de concert pour cartographier les fonds marins de manière encore plus extensive et non intrusive.

crédits photo Abyssa

Depuis Anglet, au cœur de la pépinière OLATU, Jean-Damien Bergeron et l’équipe d’ABYSSA prouvent que l’exploration des grands fonds peut aussi s’inventer à l’échelle d’un territoire. Entre innovation technologique, coopération locale et engagement environnemental, les douze collaborateurs dont plusieurs jeunes angloys participent à écrire une nouvelle page de la relation entre l’homme et l’océan. « Mon objectif chez ABYSSA est de rendre utile l’exploration de territoires jusque-là inconnus. »

AUV et ROV : deux robots pour explorer les fonds marins

AUV (Autonomous Underwater Vehicle) Véhicule sous-marin autonome, l’AUV se déplace librement sous l’eau selon un parcours programmé. Il cartographie les fonds marins et produit des images très précises, acoustiques et optiques, sur de grandes surfaces.

ROV (Remotely Operated Vehicle) Contrairement à l’AUV, le ROV est relié au navire par un câble. Piloté depuis la surface, il est plus lent mais permet des actions ciblées : observations rapprochées, prélèvements et installation d’instruments.