« La vraie question, c’est : est-ce que, moi, je suis prêt ou prête ? »

Ici ça bouge
Jeunesse

Marina, sexologue, prend la parole avant l’atelier qu’elle animera auprès des 3e et des secondes, […]

par alexandra
23 mars 2026

Marina, sexologue, prend la parole avant l’atelier qu’elle animera auprès des 3e et des secondes, dans le cadre de L’Appart’ te ment. Il s’agit d’un événement dédié à l’écoute et à la prévention pour les adolescents qui se tient au château de Baroja la semaine du 23 mars. Elle nous raconte sa démarche, ses convictions, et ce qu’elle espère transmettre.

Vous animerez un atelier à L’Appart’Te Ment. En quoi consistera-t-il ?

Marina : J’ai visité les lieux la semaine dernière et l’appartement pédagogique imaginé par l’Espace Jeunes pour les jeunes est vraiment un outil intéressant. Je coanimerai la séance avec une médecin, Caroline, avec qui je travaille déjà régulièrement. 

Nous avons construit ensemble un atelier qui s’éloigne des approches trop techniques. Les jeunes ne demandent pas qu’on leur montre comment se passe un acte ou qu’on parle uniquement de risques. Ils ont besoin qu’on les aide à réfléchir, qu’on réponde à leurs questions et qu’on leur donne des repères.

Pourquoi est-il important, selon vous, de proposer ce type d’échanges aux adolescents ?

M. : Parce que leurs questions ne sont souvent pas celles que les adultes imaginent. Ils se demandent comment se respecter, comment dire non, comment savoir si on est prêt, comment vivre une relation sans pression. Et beaucoup me confient qu’ils n’osent pas poser ces questions à un adulte : soit parce qu’ils sentent que ce n’est « pas le moment », soit parce qu’ils n’ont personne en face d’eux qui semble à l’aise pour y répondre.

Quand ils n’obtiennent pas de réponses, ils les cherchent ailleurs, comme par exemple sur les sites pornographiques. Souvent seuls. Et ce n’est pas toujours adapté à leur âge ou à leurs besoins. L’Appart’Te Ment permet d’ouvrir un espace sécurisé, bienveillant et accessible.

Quels sujets allez-vous aborder ?

M. : Les relations, le respect, le consentement, l’écoute de soi, les émotions, l’image du corps… Nous parlerons aussi de la manière dont les jeunes peuvent se poser leurs propres questions et repérer ce qui est bon pour eux. Nous aborderons aussi la masturbation, le rapport à la pornographie, les injonctions de performance… et on terminera avec une boîte à questions anonymes.

Pourquoi une boîte à questions ?

M. : Parce que certains n’oseront jamais poser leur question à voix haute. La boîte anonyme leur donne la parole sans les exposer. Et Caroline et moi nous engageons à répondre à toutes ces questions,  sur les réseaux sociaux, via Instagram, et à travers des podcasts que nous préparons, en lien avec la radio de la ville. L’idée, c’est que la réponse reste accessible longtemps après l’atelier. Si on arrive à leur donner des réponses à leurs questions, ils vont beaucoup moins vers les écueils désagréables de la sexualité précipitée.

Les adolescents sont parfois timides ou gênés. Comment adaptez-vous vos interventions ?

M. : Je ne mets jamais les jeunes en obligation. Ils peuvent participer, ou non,  ne pas répondre. Cette liberté réduit énormément la gêne. Dans l’atelier, un “matelas” symbolique représentera un espace où un jeune peut se retirer s’il ne souhaite pas répondre à une question ou participer à un exercice. Le respect de soi commence par là.
Le fait de se déplacer, de faire intervenir le corps, a beaucoup plus d’impact que de rester assis à écouter un discours. Ce type d’approche permet de fluidifier les échanges en respectant le rythme de chacun.

Quels questionnements reviennent le plus souvent chez les adolescents ?

M. : Leurs préoccupations tournent beaucoup autour des émotions, de la peur d’être jugés, de la pression du groupe, ou encore de ce qu’ils « devraient » faire pour être comme les autres. Certains me disent qu’ils se sont précipités dans une première relation « parce que tout le monde l’avait déjà fait ». Ils se forcent par obligation sociétale, pas par désir.

Les réseaux sociaux jouent-ils un rôle important dans la construction de leurs représentations ?

M. : Ils ont aussi souvent des représentations issues des réseaux sociaux ou d’internet, qui ne correspondent pas à leur réalité. Beaucoup de fausses croyances sont issues du porno : des injonctions à la performance, une vision très déformée de ce qu’est la sexualité. Nous voulons les aider à prendre de la distance par rapport à ces modèles qui ne leur ressemblent pas.

Quand je les reçois, ils arrivent avec leurs questions. J’ai eu des jeunes couples qui venaient ensemble pour apprendre à mieux se connaître, à comprendre le plaisir féminin par exemple. C’est ça qui me touche : ils cherchent des réponses, mais ils ne savent pas où les trouver.

L’objectif de ces ateliers, et des contenus diffusés ensuite, est justement de leur donner des réponses mesurées, nuancées, qui leur permettent de vivre plus sereinement leurs premières relations.

Quels repères aimeriez-vous transmettre en priorité ?

M. : Le consentement à soi-même avant tout. Se demander : est-ce qu’il y a un énorme OUI dans ma poitrine ? Si ce n’est pas le cas, c’est le signe qu’on n’est pas prêt ou prête. Quand on sent un « non  » à l’intérieur de soi, il faut pouvoir l’exprimer.
Le consentement à soi‑même, c’est la base. Trop d’adolescents n’osent pas dire « je ne veux pas » par peur de décevoir ou de perdre l’autre. Apprendre à se respecter, c’est fondamental.

Comment les adultes peuvent-ils accompagner les jeunes ?

M. : En étant au clair eux-mêmes avec ce qui les met mal à l’aise. Les parents, comme tout le monde, peuvent parfois manquer de mots ou de repères. Il existe aujourd’hui des supports très bien faits ( BD, livres jeunesse) qui peuvent les aider à ouvrir la discussion.

Et surtout : répondre aux questions. Un adulte qui répond donne à l’enfant la sensation qu’il peut poser ses questions sans honte. Cela évite des malentendus, des inquiétudes inutiles, et parfois de véritables souffrances plus tard.

Si vous deviez adresser un conseil aux jeunes d’Anglet ?

M. : Cherchez toujours une personne ressource. Si vos parents ne sont pas à l’aise, vous pouvez vous tourner vers d’autres adultes. ll existe des professionnels, des structures, des adultes de confiance qui peuvent vous répondre. Ne restez jamais seuls avec vos questions : elles méritent toutes une réponse.

L'Espace Jeunes, le refuge des ados

L’Espace Jeunes est entièrement dédié aux 12-17 ans. C’est un lieu permettant aux adolescents de se retrouver, de faire de nouvelles rencontres, de découvrir de nouvelles activités et de s’investir dans des projets.

Des animateurs qualifiés accueillent les adolescents,  peuvent répondre à leurs questions ou les orienter si besoin.

Espaces Jeunes à la Maison pour tous, 6, Rue Albert Le Barillier – 05 59 58 35 25 – 06 12 28 17 00