Montez à bord et revivez l’aventure de l’Aéropostale depuis Anglet
Rencontre avecCécile Léna, scénographe plasticienne à l’occasion de son exposition Poste Restante, Escales sur la Ligne, accueillie à la Galerie Pompidou d’Anglet jusqu’au 18 avril.
Vous êtes scénographe de théâtre. Comment êtes-vous arrivée à la scénographie immersive ?
Cécile Léna : J’ai toujours voulu faire des décors de théâtre. Mais dans mon parcours, je me suis arrêtée à l’objet, à la maquette, et ça fait maintenant vingt ans que je travaille ainsi. Depuis 2008, avec ma compagnie Léna d’Azy, je crée des scénographies immersives, des architectures miniatures où je mets en scène des histoires traversées de son, de lumière et de voix.
En 2017, j’ai créé mes premiers décors immersifs où on peut littéralement entrer dedans : c’était un compartiment de train. En 2019, une caravane Airstream. En 2021, une Panhard PL 17. Poste Restante s’inscrit dans cette suite logique. C’est ma dixième scénographie immersive.
Pourquoi l’Aéropostale ?
C.L. : J’ai l’aéronautique chevillée au corps. Mon père est astrophysicien, il a beaucoup voyagé. Nous allions souvent l’accompagner à l’aéroport et j’ai toujours eu une passion très ancrée pour les avions. Mais au-delà de l’intime, ce thème pose une question qui me semble d’une grande actualité : voyager en restant immobile. Nous sommes dans un monde où le voyage nécessite désormais une réflexion sur l’empreinte carbone. L’exposition propose justement cela : faire voyager le spectateur sans qu’il bouge.
De quoi s’agit-il concrètement ?
C.L. : Poste Restante, Escales sur la Ligne raconte l’épopée de l’Aéropostale, cette ligne mythique qui reliait Toulouse à Santiago du Chili sur 12 000 kilomètres, initiée dès 1918 par Pierre-Georges Latécoère. C’est une interprétation qui s’appuie sur des faits réels, mais avec une approche résolument poétique.
Que vont trouver les spectateurs ?
C.L. : Le dispositif est assez unique : les spectateurs, par petits groupes de sept, sont munis de casques audio et parcourent sept boîtes scénographiques miniatures. Chacune correspondant à une escale du parcours historique : Casablanca, Cap Juby, Saint-Louis du Sénégal, Natal, Mendoza, Santiago… auxquelles s’ajoute un cockpit grandeur nature. À l’intérieur de chaque boîte, il suffit d’appuyer sur un bouton : la magie opère immédiatement. On se retrouve transporté dans le désert, au cœur des Andes, sur les pas de Mermoz, de Guillaumet ou de Saint-Exupéry.
L’exposition rend également hommage aux mécaniciens, aux radios, aux co-pilotes, et aux femmes souvent oubliées de cette aventure. Les voix de Thibault de Montalembert, Jacques Gamblin et d’autres accompagnent ce voyage.
Qu’est ce qui vous pousse à créer ce genre d’exposition immersive ?
C.L. : À travers mes expositions, j’ai toujours envie de raconter des histoires et de faire voyager le spectateur. Le spectateur est immergé dans un univers infiniment petit qui le transporte vers un infiniment grand.
Ce projet a-t-il bénéficié de soutiens particuliers ?
C.L. : Oui, et c’est important de le mentionner. La Fondation Latécoère et la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la Jeunesse m’ont accompagnée dans cette démarche. J’ai rencontré le descendant de Saint-Exupéry ainsi que de nombreux passionnés qui ont nourri le projet. Au total, il m’a fallu deux à trois ans de travail, avec une quarantaine de personnes impliquées.
À qui s’adresse cette exposition ?
C.L. : C’est une expo tout public, à partir de huit ans, dix ans pour la partie avion. Je suis ravie d’être accueillie ici, à Anglet, à la Galerie Pompidou.
Poste Restante, Escales sur la Ligne, exposition gratuite jusqu’au 18 avril à la Galerie Pompidou.