Réparer le regard que l’on porte sur soi : l’approche de Mirentxu auprès des ados

Ici ça bouge Jeunesse

20 mars 2026 5 min

Mirentxu, praticienne en soins par l’image, animera son atelier Estime de soi lors de L’appart te ment . Organisé par la ville d’Anglet, auprès de collégiens de 3e et d’élèves de seconde, cet événement aura lieu la semaine du 23 mars au château de Baroja.

Afin de sensibiliser les adolescents aux conduites à risques et aux addictions, les animateurs de l’Espace Jeunes de la Ville d’Anglet a imaginé « L’appart te ment ». Un véritable appartement a été créé au sein du château de Baroja où plusieurs pièces mettront en lumière les risques auxquels les jeunes s’exposent. Mirenxtu animera l’atelier Estime de soi.

Comment avez-vous connu l’événement « L’appart te ment » ?

Mirentxu : Je travaille avec plusieurs services de la Ville d’Anglet. Benoît de l’Espace Jeunes m’a exposé cet événement mis en place pour les élèves de troisième et de seconde.  J’ai tout de suite voulu y participer, notamment pour aller à la rencontre des adolescents.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

M. : J’ai travaillé dans le milieu de la santé pendant 17 ans en tant qu’infirmière. J’ai exercé 10 ans en oncologie, puis en pédopsychiatrie adolescente. C’est là que j’ai commencé à accompagner régulièrement des jeunes sur la question de l’image de soi. La communication non verbale est un outil d’expression essentiel pour les adolescents, surtout quand ils ont du mal à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent.

Qu’est-ce qu’une praticienne en soins par l’image ?

M.A. : Je travaille à la fois sur l’image intérieure, l’image extérieure, l’estime de soi et l’identité. C’est un vrai travail de fond. En quelque sorte, je répare le regard que la personne porte sur elle-même. Un regard est souvent fragilisé par les épreuves de la vie : la précarité, la maladie, ou certaines périodes charnières comme l’adolescence.

Pourquoi l’adolescence est-elle une période si particulière pour l’estime de soi ?

M. : Parce que c’est avant tout une crise d’identité. L’image n’est pas un problème d’apparence, c’est une question identitaire profonde. L’adolescent cherche qui il est, et l’image devient alors un formidable moyen d’expression comme les couleurs, les matières, le langage corporel, le style vestimentaire… Tout ça l’aide à s’exprimer et à oser prendre sa place. Le principe de l’adolescence, c’est cette ambivalence permanente : ressembler au groupe tout en s’en différenciant.

Se différencier de ses parents, de ses amis… c’est un équilibre complexe mais nécessaire

Quels sont les défis spécifiques de cette tranche d’âge en matière de confiance en soi ?

M. : Ce que j’aimerais que les jeunes retiennent de mon atelier à « L’appart te ment », c’est que l’estime de soi, ce n’est pas se croire meilleur que les autres. C’est arrêter de se croire moins bien. Je veux travailler sur la cohésion du groupe, faire comprendre que chaque personne a de la valeur et quelque chose d’unique à offrir. Et surtout, je vais travailler sur des qualités qui ne sont pas physiques — sur qui on est, comment on agit.

Comment abordez-vous l’image avec ce public, alors qu’ils sont justement très centrés sur l’apparence ?

M. : Je m’en sers comme d’un support, mais pour aller travailler l’identité en profondeur. Je sais qu’ils sont dans cette préoccupation de l’image et de l’apparence. Jje ne l’ignore pas, je l’utilise comme porte d’entrée pour aller vers l’essentiel.

Vous n’aurez qu’une demi-heure par groupe… C’est un sacré défi, non ?

M. : J’adore relever des défis ! J’ai fait beaucoup d’ateliers à la Mission Locale avec des jeunes de 16 à 25 ans, souvent en rupture de parcours. Créer du lien rapidement, c’est quelque chose que j’ai développé en pédopsychiatrie. Et puis les adolescents, ça les intéresse toujours de savoir ce que les autres pensent d’eux. C’est ce ressort que je vais activer.

Concrètement, comment va se dérouler l’atelier ?

M. : Je vais poser un cadre clair dès le début, puis je vais diviser le groupe en sous-groupes. Je ne peux pas vous révéler comment cela va se passer, car il faut créer un effet de surprise. L’idée de l’atelier est de montrer que le regard bienveillant de ses pairs peut aider à prendre conscience de ses forces. Ce n’est pas un parent qui le dit, c’est un pair. 

Vous observez des changements après ce type d’atelier ?

M. : Oui, et parfois très rapidement. Je me souviens d’un jeune suivi par un service pénitentiaire. Après un atelier où j’avais travaillé un peu sur la colorimétrie, il s’est rasé, il a mis une couleur qui lui allait bien, il a fait attention à sa tenue pour ses entretiens. Ce sont des détails, mais ensemble, ils disent quelque chose d’essentiel : il a commencé à se considérer.
Et ce n’est pas propre aux adolescents. J’ai vu des femmes de 80 ans s’autoriser enfin des choses qu’elles se refusaient depuis toujours. C’est ça qui est beau dans ce travail.

Pour info

En savoir plus : kamana-larencontreavecsoi.fr

par Alexandra Partager

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