Quand l’improvisation donne des ailes
A l’occasion de la Semaine Autrem’handi organisée du 20 au 30 mars, un spectacle d’improvisation survitaminé a lieu le vendredi 21 mars à 20 h 30 à La Générale. Rencontre avec les instigateurs de cette soirée, Quentin de la Compagnie de la Longue Vue ainsi que Laetitia et Mélanie, éducatrices de l’Esat Espérance de Saint-Martin de Seignanx.
Pour la deuxième année consécutive, neuf résidents de l’Esat Espérance de Saint-Martin de Seignanx accompagnés de Jérémy et Quentin, improvisateurs aguerris de la Compagnie de la Longue Vue, monteront sur la scène de La Générale vendredi 21 mars pour présenter un spectacle d’improvisation. À partir de thèmes donnés par le public, les comédiens devront improviser des scènes. Quentin, Laetitia et Mélanie livrent la genèse de cette aventure.
Comment est né ce projet ?
Laetitia : Je me suis rendue compte que certains gestes du quotidien semblaient insurmontables aux résidents de l’Esat, atteint de troubles cognitifs. Passer un appel téléphonique, travailler en équipe, c’était compliqué pour certains. Je connaissais ce que faisait Quentin en théâtre d’improvisation, et après discussion, il m’a proposé d’animer des ateliers d’improvisation appliquée.
Quentin : Avec l’improvisation appliquée, nous utilisons les outils de l’improvisation théâtrale dont l’objectif est de mettre en valeur les compétences. Le but est de prendre confiance en soi, apprendre à s’exprimer à l’oral, à gérer ses émotions (peur, stress…), à affronter l’autre.
Quand est-il né ?
Laetitia : Les ateliers de Quentin ont commencé en 2022. Pendant deux ans, cet atelier permettait de se retrouver et de passer un bon moment. J’y participais aussi avec une dizaine de résidents âgés entre 24 et 54 ans. Ils ne loupaient jamais un cours.
Quentin : Ces ateliers ont lieu deux mardis par mois. Fin 2023, des cours de la danse corporelle sont venus combler les mardis vides. J’ai appelé ces ateliers les mardis expressions. En 2024, les élèves de ces cours ont exprimé l’envie de scène. En parallèle, le tiers-lieu La Générale avait été sollicité par la mairie d’Anglet pour proposer un événement à l’occasion de la Semaine Autrem’handi. Nous avons alors décidé de monter un spectacle d’improvisation l’année dernière. L’élue chargée du handicap, madame Turcat a adoré et nous a demandé si nous pouvions en proposer un cette année encore.
Comment travaillez-vous avec les comédiens de l’Esat pour les aider à se sentir à l’aise sur scène ?
Quentin : Tout d’abord, nous avons fixé deux règles de base. D’une part, les mots : compliqué, difficile sont interdits. La deuxième règle est le non-jugement. Je les mets en confiance, je leur dis qu’on fait de son mieux. Je leur dis que je suis garant de leur confort pour faciliter leur expression artistique. Ça passe essentiellement par des rituels fixes comme se dire bonjour, se connecter en se tapant les mains, la respiration. Je mets également l’accent sur le collectif.
Mélanie : On peut dire qu’ils sont assez à l’aise sur scène. Ils sont spontanés et n’ont pas de barrière. Ils sont authentiques.
Comment réagissent-ils ?
Laetitia : Ils sont très heureux de participer à ces ateliers et sont ravis de jouer sur scène. Ils prennent ça comme un jeu.
Quels ont été les moments les plus marquants lors des répétitions ou d’anciennes représentations ?
Quentin : Une scène que l’on a jouée lors du spectacle l’année dernière. Le thème donné était le café, Jérémy qui était sur scène avec eux a improvisé deux groupes un pour et un autre contre le café. Les résidents de l’Esat en parlent encore à chaque fois qu’il me voit. Et lorsqu’ils se disaient, entre eux, devant le public, à la fin de la représentation : « On l’a fait ! »
Laetitia : Ce qui m’a marqué lors de la représentation de l’année dernière, c’est l’osmose qui s’est créée entre eux et le public à la fin de la représentation.
Quels bienfaits observez-vous chez eux grâce à la pratique du théâtre et de la danse ?
Laetitia : Ces ateliers leur redonnent confiance, leur communication avec le public est plus fluide. L’affirmation de soi est plus présente. Et ils arrivent beaucoup mieux à gérer leurs émotions.
Que pensez-vous que le public retient après avoir assisté à Handi Cab’ ?
Laetitia : Les familles qui sont dans la salle sont très émues et n’en reviennent pas qu’ils soient capables de jouer du théâtre d’improvisation.
Quels retours recevez-vous de la part des résidents après une représentation ?
Laetitia : Cela leur a donné envie de monter encore sur scène. Ils sont devenus une troupe à part entière. Nous leur avons déjà prévu d’autres représentations.
Selon vous, en quoi l’improvisation peut être un outil d’inclusion et d’émancipation ?
Quentin : L’improvisation favorise l’expression libre, la confiance en soi et la coopération. Elle permet à chacun de s’exprimer sans crainte du jugement, car il n’y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » réponse. Elle encourage l’écoute active et l’acceptation des propositions des autres. En sortant du cadre habituel et en expérimentant de nouvelles façons de s’exprimer, les participants gagnent en assurance et développent leur créativité.
Rendez-vous vendredi 21 mars à 20 h 30 à La Générale.
La Semaine Autrem'handi, un engagement fort
Du 20 au 30 mars 2025, la Ville d’Anglet se mobilise à l’occasion de la huitième édition de la Semaine Autrem’handi. Cet événement a pour ambition de changer le regard sur le handicap, de donner la parole, de découvrir et de faire tomber les tabous et les préjugés. À l’occasion de cette nouvelle édition, de nombreuses animations seront proposées en collaboration avec les associations partenaires : exposition, concert, repas solidaire, activités sportives, cabaret d’impro…
De beaux moments à passer qui permettent de découvrir des personnes extraordinaires.
Etiquettes : Esat, Handicap, Improvisation, Inclusion, Théâtre