Depuis samedi 9 mai, un cœur rouge nargue l’océan à la plage de la Petite Chambre d’Amour. Nous avons retrouvé l’artiste qui l’a installé en toute discrétion.
Après plusieurs jours de recherches, nous avons retrouvé l’auteur de l’œuvre artistique, installée à la plage du VVF, qui fait battre le cœur de tous les Angloys. Amor a accepté avec plaisir de répondre à nos questions, tout en voulant garder son anonymat.
Qui êtes-vous ?
Amor : Depuis très longtemps, je suis passionné par les matériaux, la création et un peu de chimie, notamment le travail des composites. J’ai pris l’habitude de fabriquer des objets moi-même. J’ai toujours ressenti le besoin de créer. J’aime que les choses soient soignées, brillantes, presque parfaites et sans imperfections. J’aime pousser la finition à l’extrême.Et puis, pour le mariage de mon frère, j’ai créé un cœur et l’idée a fait son chemin…
Depuis quand cette idée de déposer des cœurs ?
A. : J’ai décidé de créer une surprise et de l’installer dans des lieux symboliques. C’est une démarche qui a pris énormément d’importance pour moi au fil du temps. L’idée est de créer un lien secret entre toutes les villes où je passe. Ma toute première œuvre a été déposée dans ma propre ville. Le but ultime est que les gens fassent le rapprochement entre les différents lieux. J’ai d’ailleurs regardé un peu les retours sur les réseaux sociaux, et j’ai vu qu’un internaute avait fait le clin d’œil avec le cœur de Brive-la-Gaillarde. C’est vraiment sympa de voir que le lien se crée.
Quelle est votre démarche ?
A. : Aujourd’hui, tout le monde poste des « likes » et des millions de cœurs virtuels sur Facebook ou Instagram. Ma démarche, c’est de concrétiser ce virtuel dans le monde réel. Je voulais créer un symbole universel. Je fabrique tout moi-même de A à Z dans mon petit atelier, je me régale à développer ce projet et, jusqu’ici, je n’ai que des retours positifs. C’est une belle démonstration d’amour. D’ailleurs, j’avais mis un cartel sur lequel était inscrit : Cette promenade et cette vue mérite un like. Mais la plaque a été subtilisée.
Comment êtes-vous arrivé à la Chambre d’Amour ?
A. : Tout un travail de repérage se fait en amont. Je me suis beaucoup intéressé à la célèbre légende amoureuse de la Chambre d’Amour à Anglet. C’est un clin d’œil évident à l’histoire du lieu. Je connaissais déjà Anglet, et je me suis dit que l’œuvre ne pouvait pas être mieux placée qu’ici. C’était une évidence.
Comment s’est fait le repérage ? Et sur ce rocher précis ?
A. : Le repérage se fait longtemps à l’avance. J’ai une véritable stratégie concernant l’ordre d’exécution des villes, car j’en ai un paquet à faire ! Pour Anglet, je trouvais que la période actuelle était idéale : la lumière avec les couchers de soleil est magnifique et il y a déjà une belle affluence sur la côte.
Vous venez incognito faire le repérage, puis sceller votre œuvre ?
A. : Exactement. Je viens en plein jour, incognito, pour observer les vagues, le mouvement de l’eau et valider le point d’ancrage. Ensuite, l’installation se fait de nuit. C’est un moment un peu spécial, presque une opération commando, mais le résultat en vaut la peine.
Aviez-vous des complices dans la ville ?
A. : J’ai quelques relais locaux. Ce sont eux qui ont pour mission d’aller passer un petit coup de chiffon sur le cœur de temps en temps pour qu’il garde tout son éclat. Et de mon côté, je reviendrai aussi régulièrement.
Pouvez-vous nous raconter, sans trahir vos secrets, comment s’est déroulée cette opération commando artistique ?
A. : Comme je le disais, tout se joue la nuit. C’est de la logistique : arriver sur place avec le matériel, faire face aux éléments, fixer cette tige fine et y percher le cœur de manière sécurisée sans être vu. C’est une petite poussée d’adrénaline, mais quand on voit le résultat au petit matin, c’est une grande satisfaction.
Pourquoi est-ce important pour vous de laisser planer le doute au début ? Qu’est-ce que cela ajoute à l’œuvre ?
A. : À une époque où tout le monde cherche immédiatement à se mettre en avant et à tout intellectualiser, j’aime l’idée de faire douter, de laisser les gens s’interroger. Cela pousse à la curiosité, à la discussion. L’œuvre n’appartient plus seulement à son créateur, elle appartient d’abord à ceux qui la découvrent et imaginent sa propre histoire.
Les promeneurs et les locaux ont pensé aux structures de Jeff Koons (notamment son Hanging Heart). Est-ce une influence revendiquée ?
A. : C’est vrai que mon cœur a un côté très éclatant, brillant et « nickel » qui peut rappeler le travail de Jeff Koons. Ce n’est pas une influence directement revendiquée, mais la comparaison est très flatteuse et cela me fait plaisir. Ma démarche reste cependant différente, plus artisanale et ancrée dans le paysage urbain ou naturel de manière spontanée.
Quel message, ou quelle émotion, espérez-vous déclencher chez le passant qui tombe nez à nez avec votre cœur ?
A. : J’aimerais que cela crée une émotion positive. Esthétiquement, j’essaie toujours de trouver des sites aux teintes un peu pastels. Ici, on a le sable, les cailloux, le phare dans le fond… C’est un décor épuré. Ce gros cœur rouge et brillant, perché sur sa tige fine, tranche avec l’environnement. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, ça ne laisse pas indifférent. Ça interpelle et ça attire le regard.
Depuis l’installation, les selfies se multiplient. Suivez-vous les réactions des Angloys et des visiteurs sur les réseaux sociaux ?
A. : Si je vous disais le contraire, je vous mentirais ! C’est exactement ce que je recherchais. Au début, j’avais pensé à le percher très haut sur un monument pour qu’il soit totalement inaccessible, comme cela se fait parfois à Paris, mais je préfère l’interaction directe avec le public. Voir les gens se rassembler autour, faire des photos avec le cœur et l’océan en arrière-plan pour l’envoyer à leurs proches, c’est magique. C’est la concrétisation physique du partage.
L’œuvre est exposée aux éléments, aux marées et au sel de l’océan. Est-elle vouée à rester là, à être déplacée, ou aimez-vous l’idée que la nature finisse par reprendre ses droits ?
A. : Je pense malheureusement que l’œuvre sera dégradée par des incivilités. D’ailleurs, il a déjà été recouvert d’autocollants bien avant d’être emportée par les éléments naturels. Mais quoi qu’il en arrive, je prévois de revenir.
Et après avoir conquis le cœur d’Anglet, quelle est la prochaine étape pour Amor ?
A. : Pour l’instant, je veux laisser les Angloys et les visiteurs estivaux profiter du cœur et se l’approprier tout au long de la saison. Pour la suite, la circulation estivale me portera. Soit, je vais rester dans le Sud-Ouest, soit je repartirai vers d’autres horizons… L’avenir le dira !